une réforme de l'école sans ambition ni courage

Publié le 18 Octobre 2012

Mardi 5 octobre, François Hollande a annoncé des pistes de réforme de l’école. Il nous avait promis une « refondation» de l’école… On attendait donc du souffle, une vision, une ambition, mais François Hollande a une de fois plus  esquivé ses responsabilités, fait la part belle à l’idéologie et au clientélisme.

 

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1°) François Hollande a parlé « d’école du futur » mais il a surtout esquivé ses responsabilités, manqué d’ambition et de sincérité. Tout le monde est d’accord, il faut une refondation scolaire car l’évolution du niveau global des élèves est préoccupante : 4 écoliers sur 10 (300 000 élèves chaque année) sortent du CM2 avec de graves lacunes. Près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul et plus de 100 000 n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines. Et la situation va en se dégradant depuis 15 ans. Or, toutes les études montrent qu’un élève entrant en 6ème avec des lacunes en lecture/écriture/calcul a de grands risques de décrocher. De fait, 223 000 lycéens sont sortis du système éducatif sans diplôme entre juin et octobre 2011, dont 160 000 sont sortis des « radars » de l’Education nationale, ils sont ceux qu’on appelle les décrocheurs. Et pourtant François Hollande n’a rien annoncé sur l’acquisition des savoirs fondamentaux avant l’entrée en 6ème, qui devrait être la priorité, sur l’apprentissage ou l’autonomie des établissements.


Comme à son habitude, François Hollande a soigneusement évité de s’engager sur la voie de toute réforme structurelle et a reporté à d’hasardeuses concertations des décisions qu’il fallait prendre tout de suite : sur la réforme des rythmes scolaires (144 jours de classe par an en France contre 180 en moyenne en Europe) il a dit qu’il faudrait « envisager » d’allonger d’une à deux semaines la durée de l’année scolaire tout en refusant de prendre cette décision de peur de fâcher les syndicats d’enseignants ; sur la réforme du lycée et du baccalauréat, il a été décidé qu’il était urgent d’attendre d’éventuelles réflexions qui se tiendront après 2013 ; sur la violence à l’école, il a reconnu que la sécurité était la condition sine qua non pour qu’un enseignant puisse exercer sa mission, mais s’est contenté d’annoncer le recrutement de quelques fonctionnaires supplémentaires (des assistants de prévention) ; sur la revalorisation du métier d’enseignant, des concertations ont été promises pour après 2013. Il est vrai qu’en taxant les heures supplémentaires, dont les professeurs bénéficiaient largement, et en augmentant massivement les effectifs, François Hollande s’est privé de toute marge de manoeuvre pour améliorer les conditions matérielles du métier d’enseignant.


Manque de sincérité quand François Hollande annonce avec fracas que désormais les devoirs ne se feront plus à la maison… Quelle nouveauté ! À l'école primaire, l'interdit concernant les devoirs écrits à la maison date de 1956, mais est très peu respecté par les professeurs, qui trouvent que le travail à la maison présente des vertus pour l’élève (en
termes d’autonomie, d’interaction parents/professeurs, et d’appropriation des savoirs par la répétition, les exercices…) et les parents pour lesquels les « devoirs » sont souvent un moyen de suivre et d’aider leurs enfants. Cette mesure est d’autant plus contestable qu’elle est défendue au nom de l’égalité des chances afin de ne pas désavantager les enfants que les parents ne peuvent pas aider. Mais chacun sait que la suppression des devoirs à la maison ne changera rien : les parents qui en ont les moyens continueront à faire travailler leurs enfants ou à leur payer des «  petits cours ». Manque de sincérité enfin, quand François Hollande confirme le passage à 4,5 jours de cours sans prendre en compte ce que cela induit en termes d’organisation pour les familles (quid par exemple des activités prévues le mercredi ?) ainsi que les coûts induits pour les collectivités locales. Si on rescolarise le mercredi matin, cela aura des conséquences sur les contrats extra-scolaires, le temps libre. Si on libère les écoliers à 16 heures, se  posera le problème du temps périscolaire. Qui paye ? Ce débat fondamental n’a pas été engagé alors que le Gouvernement réduit les dotations globales de fonctionnement des communes.

 

2°) Alors comme François Hollande manque d’idées, il a versé dans l’idéologie en proposant notamment la suppression des notes, cette vieille lune dont on sait qu’elle provoque beaucoup de dégâts parce qu’elle ne permet pas d’évaluer correctement les élèves mais qui satisfait une partie de la gauche intellectuelle qui se méfie de tout ce  qui pourrait ressembler à une manifestation d’autorité d’un professeur sur un élève, ou à une hiérarchisation. Supprimer le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre. La Suisse, la Suède, le Danemark et les Etats-Unis, qui ont essayé la suppression des notes, reviennent sur cette décision. En France, une expérimentation a été menée au collège Van der Meersch de Roubaix en 2009. Les enseignants ont dressé ce constat : «L’ambiance de travail s’est dégradée […] Les élèves ont eu tendance à devenir moins compétents à cause d’un manque de rigueur. […] Seuls 3 élèves ont fait l’effort d’apprendre leurs conjugaisons, les autres ne s’en sont pas donné la peine et il semble que l’absence de note en est une cause aggravante. […] La disparition de la note ne semble donc  pas être une solution pour agir sur la motivation des élèves. » Cette mesure risque de tirer tous les élèves vers le bas,  plutôt que de susciter une émulation positive. C’est le retour du nivellement par le bas et de l’égalitarisme chers à la gauche. Idéologie toujours, quand la gauche annonce la suppression du dispositif de suspension des allocations  familiales en cas d’absentéisme, mis en place par Nicolas Sarkozy. Ce mécanisme visait simplement à rappeler les parents à leurs responsabilités. Il répondait à une exigence d’équilibre entre les droits –toucher une allocation- et les devoirs –élever ses enfants. Et le dispositif fonctionnait : entre janvier 2011 et mars 2012, sur 32 000 convocations de parents par le chef d'établissement après 4 demi-journées d’absence non justifiées de leur enfant sur un mois, seules 472 suspensions d’allocations ont été prononcées. Cela signifie que la quasi-totalité des enfants sont retournés en classe!

Pourquoi défaire ce qui fonctionne, sinon par anti-sarkozysme ?


3°) Finalement, l’essentiel des propositions concrètes de François Hollande s’est donc résumé à des appels du pied aux syndicats d’enseignants, à du clientélisme. Avec le recrutement de 60 000 enseignants supplémentaires sur 5 ans : une mesure inefficace, contre-productive et coûteuse car l'Education nationale n’a pas besoin d'effectifs supplémentaires (nous avons aujourd'hui plus de professeurs pour beaucoup moins d'élèves qu'en 1990) ; car recruter autant d’enseignants est pratiquement mission impossible alors que nous manquons de candidats pour passer les concours pour devenir professeurs ; car nous n'avons pas le premier euro pour recruter des fonctionnaires supplémentaires (recruter 60000 professeurs supplémentaires, c’est 2,5 milliards de dépenses en plus par an pour l’Etat). Avec l’octroi de 4 jours de plus de vacances à la Toussaint, ce qui n’arrange personne mais plaît à quelques syndicats.

 

4°) François Hollande est donc passé à côté de l’occasion de réformer réellement l’école car sa principale préoccupation est manifestement de ne surtout pas prendre de risque et de ne pas s’attaquer aux intérêts de certains syndicats d’enseignants dans une période où il redoute par-dessus tout des manifestations contre la politique indigente de son gouvernement. A l’UMP, nous avons au contraire une vraie vision de l’école. Nous croyons qu’il n’y aura pas de refondation républicaine sans refondation de l’école. Nous voulons réformer l’école comme Nicolas Sarkozy a réformé l’université. Avec un examen d’entrée en 6ème pour s’assurer que tous les élèves qui entrent au collège savent lire, écrire, compter. Avec des chefs d’établissement qui seront les véritables patrons de leur école, collège ou lycée, qui auront la liberté de recruter leurs équipes pédagogiques et qui seront évalués sur les résultats. Avec un effort national pour que tous nos enfants maîtrisent au moins l’anglais, afin d’avoir les clés pour comprendre le monde. Avec l’apprentissage dès 14 ans pour les jeunes qui le souhaitent.

Rédigé par JA BENISTI

Publié dans #Assemblée nationale

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