Une réforme des collectivités locales qui ressemble à une manipulation électorale

Publié le 16 Octobre 2012

Vendredi 5 octobre, François Hollande a annoncé une nouvelle réforme des collectivités locales.


1°) Sur la forme, l’élaboration de cette réforme des collectivités est faussement pluraliste.

 

François Hollande a fait miroiter aux élus locaux, notamment aux sénateurs, des consultations et des débats en amont. Mais la vérité, c’est que le projet de loi était déjà ficelé depuis le mois de juillet, selon les aveux mêmes de Madame Lebranchu, Ministre de la Réforme de l'Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique, qui livre par petits bouts son contenu dans la presse depuis des semaines. Les sénateurs UMP ont donc légitimement décidé de « boycotter » la conclusion des Etats généraux de la démocratie territoriale, puisque rien ne sert de débattre quand tout a déjà été décidé.

 

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2°) Au-delà de la forme, sur le fond, 3 points sont particulièrement choquants et décevants.

 

Le premier point, c’est le soupçon de tripatouillage électoral à des fins politiciennes qui pèse sur l’annonce par François Hollande du report en 2015 des élections régionales et cantonales, qui devaient avoir lieu en 2014, et le changement du mode de scrutin dans les départements. Il est clair que la gauche anticipe des élections de « mi-mandat » très compliquées au vu de sa dégringolade dans les sondages, et qu’elle veut essayer par tous les moyens de conserver le pouvoir. C’est la même logique que celle qui consiste à vouloir donner le droit de vote aux étrangers juste avant les élections municipales… Vouloir conserver le pouvoir par tous les moyens, voilà qui est particulièrement cynique.

Et que l’on n’aille pas dire que tout cela s’est fait dans un souci de clarification et de simplification : pour que les citoyens n’aient pas à se déplacer pour voter « x » fois dans l’année (en 2014 étaient prévues les élections municipales, sénatoriales, régionales et cantonales) qu’est-ce qui nous empêchait de mettre toutes les élections le même jour ?
Rien ne peut à ce stade lever la suspicion de manipulation électorale qui entoure les annonces de François Hollande.

 

3°) Le deuxième point qui interpelle, c’est l’anti-sarkozysme et le manque d’ambition dans cette réforme des collectivités.


François Hollande veut supprimer la réforme du conseiller territorial (rassemblant sous une même casquette conseiller général et conseiller régional), qui était le premier pas vers la fusion des départements et des régions, ce qui est nécessaire pour des gains financiers et d’efficacité du service public. On la supprime non pas parce que c’était une mauvaise mesure mais simplement parce qu’elle portait la marque du Sarkozysme. Résultat on se prive de toute réforme d’ampleur pour nos collectivités…

Pire, en créant un nouveau « machin », le « Haut Conseil aux territoires », et en supprimant le cumul des mandats (que bien des élus PS pratiquent toujours, comme François Rebsamen ou Gérard Collomb, alors qu’ils se sont engagés auprès du PS à démissionner de l’un des deux mandats qu’ils occupent avant la fin septembre) ainsi que le conseiller territorial, François Hollande rajoute un échelon au millefeuille administratif et multiplie le nombre d’élus… Comme si notre pays manquait d’élus et d’échelons administratifs ! Alors qu’on nous annonçait une « vision » pour l’avenir des collectivités, la question du Grand Paris a été purement et simplement abandonnée…
Et enfin, rien de concret n’a été annoncé sur l’impérieuse nécessité de réduire les dépenses des collectivités… On acte ainsi que la réforme voulue par François Hollande n’est pas une avancée mais un retour en arrière.


4°) Le troisième point qui dérange sur le fond, c’est que François Hollande a fait le choix du clientélisme en élargissant considérablement les pouvoirs des régions, notamment en matière d’emploi.

 

Pourquoi les régions ? Parce qu’elles sont détenues à plus de 90% par la gauche… contrairement aux conseils généraux ou aux municipalités où le rapport de forces gauche/droite est moins déséquilibré. Il fallait bien servir ses amis en priorité !

 

5°) François Hollande s’est montré plus conservateur que réformateur, plus chef de parti que chef d’Etat, plus anti-sarkozyste que Président de tous les Français…

Rédigé par JA BENISTI

Publié dans #Assemblée nationale

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